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Salon du livre à Paris
Trois romancières d’Algérie
Le Salon du Livre de Paris, dont la XXIXe édition vient de fermer ses portes, a jeté un coup de projecteur sur la littérature algérienne au féminin. Sur le stand de la région Ile-de-France s’est déroulée une rencontre entre le public et cinq écrivaines algériennes ou d’origine algérienne — toutes publiées par Marsa Editions ces derniers mois — sous la forme d’une table ronde sur ler thème «Algérie/France : nouvelles voix littéraires au féminin». Nous nous sommes entretenus avec trois d’entre elles : Lamia Bereksi Meddahi, Nora Leïl et Rénia Aouadène.
Entretiens réalisée par Myriam T.
Rénia Aouadène
Hymne à la terre d’Algérie
Nedjma est une jeune Algérienne, héritière de la valeureuse tradition féminine de son pays en proie à une violence fanatique et misogyne. De passage à Marseille, elle rencontre Guillaume, prêtre dans un quartier populaire. Entre ces deux êtres que tout sépare, se noue une relation exceptionnelle, hantée par la figure de Djanina, martyre nationaliste, et soutenue par l’humanisme des cultures occitane et berbère.
Rénia Aouadène est née à Marseille de parents algériens. Assistante de français à Cordoue et à Grenade, puis militante associative et formatrice, elle enseigne aujourd’hui dans un lycée professionnel des quartiers nord de Marseille. Nedjma et Guillaume est son troisième ouvrage.
Rénia, votre parcours est fait de traversées de diverses cultures, pouvez-vous nous en parler ?
Je suis née à Marseille de parents algériens originaires d’Iboulaouadène, commune de Boukhelifa, où je séjourne régulièrement. J’ai pris conscience très tôt de la situation dans laquelle se trouvait ma famille. Orpheline de père — militant du MNA marseillais, tombé sous les balles du FLN local —, l’écriture a toujours été pour moi un moyen d’expression, la poésie notamment. C’est au contact de ma mère qui disait sa douleur de l’exil et la tragédie de l’assassinat de mon père dans ses textes et chants qu’elle improvisait en kabyle que la poésie est devenue pour moi si précieuse. J’ai grandi dans un milieu d’exilés espagnols, italiens, arméniens, pieds-noirs… qui m’ont imprégnée profondément de la culture de l’exil mais aussi de celle de la révolte, car chacun d’entre eux pleurait une terre mais aussi une guerre qui les avait condamnés à l’exil. Dans la campagne marseillaise où nous vivions, ces hommes et femmes ont été solidaires de ma mère et m’ont transmis ces cultures de la Méditerranée.
J’ai fait des études de Littérature et Civilisations hispano-américaines à l’Université d’Aix-en-Provence ainsi que des études en Sciences de l’éducation. J’ai vécu ensuite à Cordoue et Grenade où j’ai étudié l’histoire de l’Espagne arabo-berbéro-musulmane car il me semblait évident d’aller à la recherche de mes racines dans cette terre qu’était Al-Andalus. Riche de ses cultures, je suis revenue à Marseille et n’ai cessé de m’engager dans les combats pour la défense des peuples issus de l’immigration.
J’ai été militante associative, animatrice socio-culturelle et j’ai travaillé comme formatrice auprès des populations en difficulté d’insertion sociale et professionnelle pendant 5 ans. J’enseigne maintenant, dans un Lycée Régional des Métiers à Marseille, la Littérature Française et l’Histoire et suis responsable de différents projets socio-éducatifs à l’intention des élèves en difficulté scolaire notamment dans le cadre d’échanges avec l’Espagne.
Qu’est ce qui vous a amenée à écrire ce roman, Nedjma et Guillaume ?
Lorsque j’avais 14 ans, le seul moyen que j’avais trouvé pour pouvoir me libérer de ma famille c’était de fréquenter un club de jeunes catholiques dont quelques amies de classe m’avaient parlé. Le prêtre qui dirigeait ce club était surpris de ma demande mais il a accepté tout en insistant sur le fait que, puisque j’étais musulmane, je ne participerais à aucune rencontre religieuse. C’est donc avec lui que j’ai découvert les Cévennes et l’histoire des protestants, à l’occasion d’un camp de vacances, et que j’ai aimé cette région. Quelques années plus tard j’y suis retournée car une amie avait acheté une ancienne magnanerie familiale et j’ai eu envie de parler de l’histoire de cette terre. Mais ce roman était surtout un moyen pour moi de parler de l’histoire du nationalisme algérien et de rendre hommage à mon père et à ces hommes morts pour une cause qui reste taboue pour les Algériens dans la mesure où l’Algérie ne reconnaît toujours pas les messalistes comme de véritables chouhada. Ce roman est donc pour moi une manière de dire à mon père qu’il n’est pas mort pour rien.
Est-ce une histoire en partie autobiographique ?
Si je n’ai pas rencontré de prêtre comme la Nedjma du roman, ce texte est en partie autobiographique car il est « plein » de moi, de la culture de la tolérance et du partage que m’a transmise ma mère ainsi que ces Espagnols et Italiens avec qui j’ai grandi et avec qui j’ai partagé les joies et les peines que traversent tous les hommes qui ont été coupés de leurs racines. Les lieux dont je parle dans ce roman sont des lieux que j’aime et avec lesquels j’ai une relation d’amour car ils sont mes pays de cœur.
Avez-vous conscience que ce roman est provocateur sur plusieurs plans. L’avez-vous voulu tel ?
Si la provocation permet de bouleverser les mentalités archaïques, je la revendique mais ce n’était pas mon objectif. Je voulais parler de dialogue, de partage, et de la difficulté de communiquer que rencontrent aujourd’hui les hommes et les femmes, quelles que soient leurs origines, leurs cultures ou leurs religions.
J’avais envie aussi de rappeler à chacun que l’intégrisme est propre à toutes les religions à l’heure où il semble réapparaître un peu partout dans le monde sous toutes les formes possibles, et rappeler que c’est au nom de toutes ces religions que des peuples ont été exterminés alors que l’Occident donneur de leçons au monde musulman semble être frappé d’amnésie.
Souhaiteriez-vous que ce roman soit publié à Alger et quel message voudriez-vous transmettre aux lecteurs algériens ?
Bien sûr que j’aimerais que mes publications soient lues en Algérie car mon rêve serait de me retrouver pour échanger autour de mes textes avec des Algériens et des Algériennes, pour pouvoir communiquer mon attachement à cette terre qui reste la mienne et partager des moments d’émotion, lors de lectures publiques par exemple. Je voudrais dire que ce roman est d’abord un hymne à la terre algérienne, riche des cultures qui l’ont traversée et qui y ont laissé des traces au travers de ces hommes qui se sont battus pour qu’elle soit libre.
Que l’Algérie n’oublie pas son histoire, son passé car des femmes et des hommes, comme mon père, sont morts pour une Algérie qui puisse faire un jour de ses enfants des citoyens fiers d’y vivre et d’y semer les graines de la liberté, ce qui n’est hélas pas toujours le cas aujourd’hui.
Nedjma et Guillaume de Rénia Aouadène
(Marsa Editions, Paris 2008)
MYRIAM T. LES DEBATS.COM
NOUVELLE : L'ENLEVEMENT DES
FEMMES DE AÏT BIMOUNERenia AOUADENE - Olivier APERT - Anne BIHAN - Nicole BROSSARD - Anne CALIFE - Pascal COMMÈRE - Danièle CORRE - Aymen HACEN - Jean-Michel MAYOT - Max RIPPON - Jean Louis ROBERT - Annie SALAGER - Laurette SUCAR - Marie SUNAHARA - Habib TENGOUR - Alexandre VOISARD
HARRAGAS
Ils se lèvent un matin
Portés par la détresse
Avec pour tout bagage
… L’espoir !
Collés, entassés, alignés,
Tels de sordides anchois
Dans ces barques construites
Pour pêcher, donner la vie
Aux ventres affamés.
Ils sont là, côte à côte,
Respirant ces odeurs
De ces corps qui transpirent
De tant d’humidité,
Sans une goutte d’eau,
Une miette de pain,
Qu’importe que de ces ventres
Sortent des bruits infâmes
De l’inexorable faim…
Leur pain quotidien.
Ils fuient cette Terre,
Devenue stérile qui désormais
N’accouche plus que…
D’infâmes morts nés.
Harraga, mon Fils
Tu n’es pas de ceux-là
A qui la faute ?
A ceux qui
Sous l’ombre des auvents,
Continuent d’amasser
D’immenses fortunes,
Alors que nos enfants,
Nos femmes, nos vieillards
Croulent sous la misère
D’une nouvelle pandémie…
……….. La Faim.
Harraga, mon Fils, tu seras
A dit la Mère Algérie
Car l’arbre trahi ne peut plus
Retenir la sève qui déborde
De ses seins trop pleins de rage,
De peine et d’impuissance.
Alors tant pis mon Fils,
Si tu pars sur le chemin
… De l’exil,
Si tu te perds au fin fond,
Du désert Australien,
Des plaines Canadiennes,
Prairies Américaines.
Tant pis si tu erres
Dans les rues de Barbès,
las Ramblas de Barcelone
Ou dans les ateliers
Où clandestins s’entassent
Pour pouvoir échapper
Aux rafles devenues
Des chasses aux clandestins
Dans ces pays nantis
Où les murs se construisent
Pour éviter de voir
Cette Afrique sordide
Pillée par ceux qui la gouvernent
Depuis des décennies.
Harraga mon Fils,
Qu’importe si mon cœur,
Saigne de mille flots,
Qu’importe si mes yeux brûlent
De mille feux !
Harraga, ma Fille,
Et toi aussi tu partiras,
La peur au ventre,
Le cœur brûlé,
Pour quelques sous,
Tu te vendras
Et mariage il y aura,
Mais sans amour,
tu survivras.
Harraga, mon Père,
Un soir d’automne,
Tu es parti,
Dans ces pateras de bois usés
Car tu m’as dit :
Bien plus douce sera la mort
Loin de la Terre où je suis né.
Dans la patera qui vous transporte,
Surtout mon Fils, ne pleure pas !
Les larmes n’effaceront pas
Cette misère galopante,
Nous le saurions bien avant toi !
Harraga, mon Fils,
Sur les flots bleus,
Imprègne-toi de ces couleurs
Que la Mer qui t’emporte
Vers d’autres cieux,
Rendent tes jours
Un peu plus heureux.
Harraga,
Loin de l’orange amère,
Du pain qui ne rassasie pas,
De l’eau qui jamais ne s’écoule
Des robinets qui sont taris.
Harraga, mon Fils,
Telle est ta force,
Dans l’amour que je t’ai donné.
Et si un jour vient la nouvelle
Que tu as franchi les écueils
Oublie ta Mère, oublie ton Père
Et cette Terre condamnée !
Chaque matin, lève la tête,
Regarde-moi, je suis très fière,
De ma prison, je te vénère,
Car les pilleurs de dignité
N’ont pu de leur main te broyer,
Car aux voleurs de liberté
Tu as pu enfin échapper !
Harraga mon Fils,
Qu’importe si mon cœur,
Saigne de mille flots,
Qu’importe si mes yeux brûlent
De mille feux !
Nedjma est une jeune algérienne, héritière de la valeureuse tradition féminine de son pays en proie à une violence fanatique et mysogine. De passage à Marseille, elle rencontre Guillaume, prêtre dans un quartier populaire. Entre ces deux êtres que tout sépare, se noue une relation exceptionnelle, hantée par la figure de Djanina, martyre nationaliste, et soutenue par l’humanisme des cultures occitane et berbère.
Marie Virolle
IL EST PARTI, LE
PEINTRE
Il est parti, le peintre
Sa toile sous la main,
Il est allé au loin
Emportant avec lui
Les vers de ses dessins.
j’ai versé sur des lignes
Les larmes de mes yeux
Ternis et aveuglés
De tant d’indifférence.
Il est parti, le peintre
Sa toile est suspendue,
Je ne la verrai plus.
J’ai gardé en secret
Ses couleurs préférées,
Des ocres et des bleus,
Des ocres et des verts
Dont les formes m’emportent
Dans ce glauque univers
Que le peintre dessine
Au fil de ses tableaux,
Qu’il accorde en vain
Comme des partitions
Que tous les musiciens
Ecrivent de leur main.
Il est parti, le peintre
Et sa toile a déteint,
Plus d’ocres, plus de bleus,
Plus d’ocres, plus de verts…
Que le noir de ses yeux.
EVOCATION
Nous avons évoqué
Toute une nuit entière
Les Poètes et Peintres
Qui ont illuminé
Toute notre jeunesse,
Nous ont accompagné
Quand nous étions enclins
A contempler le Beau
L’Idéal de ce monde.
Aragon déclamait
Son Amour pour Elsa.
Combien de couples encore
Comme Qays et Leila
La Terre comptera ?
Aragon qui pleurait
La splendeur de Grenade
Quand les peuples d’Orient
Portés par la Sagesse
Avaient illuminé
Les contrées Andalouses.
Ses fils ont survécu
A de terribles drames,
Picasso, l’exilé,
Peintre de Malaga
Nous offrit Guernica,
La toile, œuvre maîtresse !
Les couleurs de la guerre
Fratricide, meurtrière,
Font saigner le tableau
Chaque fois qu’un regard
Emerveillé se pose
Sur cette immense trace
D’un passé qu’on voudrait
A jamais inhumé
Mais qui réapparaît
Au travers de l’histoire
Comme ces vieux démons
Qui persistent et se dressent
A chaque coin de rue.
Lorca au chant profond
Qui n’a toujours de cesse
De crier au-secours
Afin que l’on déterre
Son corps enseveli
Par des mains sales et ternes.
Dans le silence obscur
Il hurle sa détresse
Car d’une sépulture,
Il implore et supplie.
Neruda confessait
Qu’il avait bien vécu,
Qu’il avait survécu
A de bien nombreux drames
Au détour de l’histoire,
Combattu l’ennemi
Au péril de sa gloire
Combien de fois souillée
Par des mains étrangères
Venues assassiner
Ses frères et camarades.
C’est l’heure de partir
Nous chante le poète
Vers ses contrées lointaines
Que Matisse a choisies
Après avoir plongé
Lors de nombreux voyages
Et découvert l’Orient
Fascination immense
Ses couleurs reflétant
Le sublime et l’étrange
Ses formes un véritable
Hommage à la Beauté
Qui résiste et refuse
De déplier ses branches
Même quand le vent violent
Souffle désespérément.
Ce Mistral de Provence
Que René Char exalte
Lui l’homme résistant
A la voix caverneuse
Qui frappa l’ennemi
De ses vers meurtriers
Mais qui n’hésita pas
A recourir aux armes
Quand l’endémique Peste
Envahit notre Terre
Et qu’il sentit ses pas
Se rapprocher tout près.
Nous aurions pu parler
Du Peintre Isiakhem
De ses portraits multiples
Où il tente en vain
De fixer le naufrage
Dans lequel a sombré
Ce peuple de légendes
Dont les plus beaux enfants
Prennent la fuite et pleurent
Ce pays tant aimé
Comme des fruits amers
Détachés de la branche
Trop lourde à porter.
Mais le temps est passé
Puis nous avons posé
Des jalons de distance
Pour ne laisser passer
Que l’infernal silence.
Solitaire, le Peintre,
Continue d’étaler
Ta gouache sur la toile
Pour encore des années
La poétesse jette
Sur ses nombreux cahiers
Les vers de sa douleur
Comme un cri de terreur !
NUMERO 78-80
Sept femmes d'origine berbère sont confrontées à la violence. Sept nouvelles racontent ces moments vrais et cruels de leur vie. Sujet tristement d'actualité à l'heure où plane l'ombre de
l'obscurantisme...
Trois femmes sont détenus dans un maquis sous la coupe d'un émir. Elles attendent leur exécution et disent leurs amours, leurs combats, leurs espoirs. Ces cris
du coeur, vérités ultimes qui les résument au monde, leur permettent d'affronter la mort avec courage et lucidité. Mais le pire est-il toujours sûr ?
La collection Poésie permet de
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