Née à Marseille, elle est originaire de la région de Iboulaouadène – Kabylie – Algérie.
Elle fait des études de Littérature et Civilisations hispano-américaines et en sciences de l’éducation à l’université d’Aix en Provence. Ensuite elle part pour Cordoue et Grenade comme assistante de Français où elle se passionne pour l’Espagne arabo-berbéro-musulmane.
Engagée dans le mouvement associatif, elle milite au sein d’Associations marseillaises issues de l’immigration. Elle est animatrice socio-culturelle, formatrice auprès des publics en difficultés d’insertion sociale et professionnelle.
Elle a enseigné la Littérature et l’Histoire dans un Lycée des Métiers à Marseille aujourd’hui elle enseigne l’Espagnol dans le cadre de Projets européens et d’échanges avec l’Espagne.
Rénia est une conteuse qui déclame sa poésie sur les thèmes qui lui sont chers et qui traduisent sa révolte devant l’injustice où qu’elle soit. Elle a publié des nouvelles, de la poésie, du théâtre et un roman où l’on retrouve les cultures dans lesquelles elle a baigné depuis son enfance.
Elle participe à des salons du livre, festivals ou elle donne des conférences. Elle fait des lectures poétiques sur scène accompagnée de Denis Chauvet , musicien guitariste et bassiste.
Salon du livre à Paris
Trois romancières d’Algérie
Le Salon du Livre de Paris, dont la XXIXe édition vient de fermer ses portes, a jeté un coup de projecteur sur la littérature algérienne au féminin. Sur le stand de la région Ile-de-France s’est déroulée une rencontre entre le public et cinq écrivaines algériennes ou d’origine algérienne — toutes publiées par Marsa Editions ces derniers mois — sous la forme d’une table ronde sur ler thème «Algérie/France : nouvelles voix littéraires au féminin». Nous nous sommes entretenus avec trois d’entre elles : Lamia Bereksi Meddahi, Nora Leïl et Rénia Aouadène.
Entretiens réalisée par Myriam T.
Rénia Aouadène
Hymne à la terre d’Algérie
Nedjma est une jeune Algérienne, héritière de la valeureuse tradition féminine de son pays en proie à une violence fanatique et misogyne. De passage à Marseille, elle rencontre Guillaume, prêtre dans un quartier populaire. Entre ces deux êtres que tout sépare, se noue une relation exceptionnelle, hantée par la figure de Djanina, martyre nationaliste, et soutenue par l’humanisme des cultures occitane et berbère.
Rénia Aouadène est née à Marseille de parents algériens. Assistante de français à Cordoue et à Grenade, puis militante associative et formatrice, elle enseigne aujourd’hui dans un lycée professionnel des quartiers nord de Marseille. Nedjma et Guillaume est son troisième ouvrage.
Rénia, votre parcours est fait de traversées de diverses cultures, pouvez-vous nous en parler ?
Je suis née à Marseille de parents algériens originaires d’Iboulaouadène, commune de Boukhelifa, où je séjourne régulièrement. J’ai pris conscience très tôt de la situation dans laquelle se trouvait ma famille. Orpheline de père — militant du MNA marseillais, tombé sous les balles du FLN local —, l’écriture a toujours été pour moi un moyen d’expression, la poésie notamment. C’est au contact de ma mère qui disait sa douleur de l’exil et la tragédie de l’assassinat de mon père dans ses textes et chants qu’elle improvisait en kabyle que la poésie est devenue pour moi si précieuse. J’ai grandi dans un milieu d’exilés espagnols, italiens, arméniens, pieds-noirs… qui m’ont imprégnée profondément de la culture de l’exil mais aussi de celle de la révolte, car chacun d’entre eux pleurait une terre mais aussi une guerre qui les avait condamnés à l’exil. Dans la campagne marseillaise où nous vivions, ces hommes et femmes ont été solidaires de ma mère et m’ont transmis ces cultures de la Méditerranée.
J’ai fait des études de Littérature et Civilisations hispano-américaines à l’Université d’Aix-en-Provence ainsi que des études en Sciences de l’éducation. J’ai vécu ensuite à Cordoue et Grenade où j’ai étudié l’histoire de l’Espagne arabo-berbéro-musulmane car il me semblait évident d’aller à la recherche de mes racines dans cette terre qu’était Al-Andalus. Riche de ses cultures, je suis revenue à Marseille et n’ai cessé de m’engager dans les combats pour la défense des peuples issus de l’immigration.
J’ai été militante associative, animatrice socio-culturelle et j’ai travaillé comme formatrice auprès des populations en difficulté d’insertion sociale et professionnelle pendant 5 ans. J’enseigne maintenant, dans un Lycée Régional des Métiers à Marseille, la Littérature Française et l’Histoire et suis responsable de différents projets socio-éducatifs à l’intention des élèves en difficulté scolaire notamment dans le cadre d’échanges avec l’Espagne.
Qu’est ce qui vous a amenée à écrire ce roman, Nedjma et Guillaume ?
Lorsque j’avais 14 ans, le seul moyen que j’avais trouvé pour pouvoir me libérer de ma famille c’était de fréquenter un club de jeunes catholiques dont quelques amies de classe m’avaient parlé. Le prêtre qui dirigeait ce club était surpris de ma demande mais il a accepté tout en insistant sur le fait que, puisque j’étais musulmane, je ne participerais à aucune rencontre religieuse. C’est donc avec lui que j’ai découvert les Cévennes et l’histoire des protestants, à l’occasion d’un camp de vacances, et que j’ai aimé cette région. Quelques années plus tard j’y suis retournée car une amie avait acheté une ancienne magnanerie familiale et j’ai eu envie de parler de l’histoire de cette terre. Mais ce roman était surtout un moyen pour moi de parler de l’histoire du nationalisme algérien et de rendre hommage à mon père et à ces hommes morts pour une cause qui reste taboue pour les Algériens dans la mesure où l’Algérie ne reconnaît toujours pas les messalistes comme de véritables chouhada. Ce roman est donc pour moi une manière de dire à mon père qu’il n’est pas mort pour rien.
Est-ce une histoire en partie autobiographique ?
Si je n’ai pas rencontré de prêtre comme la Nedjma du roman, ce texte est en partie autobiographique car il est « plein » de moi, de la culture de la tolérance et du partage que m’a transmise ma mère ainsi que ces Espagnols et Italiens avec qui j’ai grandi et avec qui j’ai partagé les joies et les peines que traversent tous les hommes qui ont été coupés de leurs racines. Les lieux dont je parle dans ce roman sont des lieux que j’aime et avec lesquels j’ai une relation d’amour car ils sont mes pays de cœur.
Avez-vous conscience que ce roman est provocateur sur plusieurs plans. L’avez-vous voulu tel ?
Si la provocation permet de bouleverser les mentalités archaïques, je la revendique mais ce n’était pas mon objectif. Je voulais parler de dialogue, de partage, et de la difficulté de communiquer que rencontrent aujourd’hui les hommes et les femmes, quelles que soient leurs origines, leurs cultures ou leurs religions.
J’avais envie aussi de rappeler à chacun que l’intégrisme est propre à toutes les religions à l’heure où il semble réapparaître un peu partout dans le monde sous toutes les formes possibles, et rappeler que c’est au nom de toutes ces religions que des peuples ont été exterminés alors que l’Occident donneur de leçons au monde musulman semble être frappé d’amnésie.
Souhaiteriez-vous que ce roman soit publié à Alger et quel message voudriez-vous transmettre aux lecteurs algériens ?
Bien sûr que j’aimerais que mes publications soient lues en Algérie car mon rêve serait de me retrouver pour échanger autour de mes textes avec des Algériens et des Algériennes, pour pouvoir communiquer mon attachement à cette terre qui reste la mienne et partager des moments d’émotion, lors de lectures publiques par exemple. Je voudrais dire que ce roman est d’abord un hymne à la terre algérienne, riche des cultures qui l’ont traversée et qui y ont laissé des traces au travers de ces hommes qui se sont battus pour qu’elle soit libre.
Que l’Algérie n’oublie pas son histoire, son passé car des femmes et des hommes, comme mon père, sont morts pour une Algérie qui puisse faire un jour de ses enfants des citoyens fiers d’y vivre et d’y semer les graines de la liberté, ce qui n’est hélas pas toujours le cas aujourd’hui.
Nedjma et Guillaume de Rénia Aouadène
(Marsa Editions, Paris 2008)
MYRIAM T. LES DEBATS.COM
Al violín que llora
Al laúd que se lamenta
….. Digo:
Se marchó el Poeta
Y nos hemos quedados
Huérfanos de la vida,
Pues nos dejó
Cansado de llevar
Todos los daños de la Tierra,
Perdido, sabiendo
Que Madre Palestina
Mira a sus hijos caer
Como condenados
En el campo de la Libertad.
Al violín que llora
Al laúd que se lamenta
…. El Poeta gritó:
Dejad de llorarme!
Yo sólo era el hombre
Que desgranaba sus palabras
Que resuenan quizás
Para un día, una vida
En el corazón de todos los míos!
Atravesé los Mares
Atravesé las Tierras
Y superé las Fronteras,
Atravieso los Cielos
Que vienen a acogerme.
Me han dicho de una sola voz
- ¿Mahmoud que haces ahí?
- ¡No te esperábamos!
Solicité los Guardias,
Los Santos y los Apóstoles,
Mesías o Mensajeros
Y de pronto contesté:
- Dejé de llorar
Esta tierra quemada.
Hubiera querido oír
Por la última vez,
Risas a carcajadas,
Canciones de alegrías.
Atravesé Gaza
He oído aquellos
Desde Hebrón hacia Ramallah,
Que escandían mi nombre:
…. Mahmoud!
Gritaban en voz alta
Este grito que saltaba
Desde el fondo de sus entrañas.
Y yo hubiera querido
Igual que un eco, contestar:
- Vaya no llorad!
El Poeta es un Guía
Quizás un Mensajero
Que no hace la historia
Solo la dice
La grita, la aúlla.
Al violín que llora
Al laúd que se lamenta
Y tal como un vagabundo
Traje nuestros daños,
A través las fronteras
Porque sé que mis palabras
Aclararan la Tierra.
Hermanos, llegara el día
En que el campo de la Paz
Destruirá las fronteras,
Hará caer las paredes,
Erigirá el amor
Y bajo una bandera
Reunirá nuestros pueblos
Aclarados de Luz.
Decid al violín que llora
Y al laúd que se lamenta
Que paren sus sollozos,
Ya no quiero más lágrimas,
Sólo quiero Esperanza
¡Que se callen las Armas ¡
à … Mahmoud DARWISH
A ce Violon qui pleure
A ce Luth qui gémit
…….. Je dis :
Le Poète est parti
Nous sommes devenus
Orphelins de la vie,
Il nous a donc laissés
Epuisé de porter
Tous les maux de la Terre,
Effondré de savoir
Que Mère Palestine
Voit ses enfants tomber
Comme des condamnés
Au champ de Liberté.
A ce Violon qui pleure
A ce Luth qui gémit
…….. Le Poète a crié :
- Cessez de me pleurer !
Je ne suis que cet homme
Qui égrenait ses mots
Qui résonnent peut-être
Pour un jour, une vie
Au cœur de tous les miens !
J’ai traversé les mers
J’ai traversé les terres
Et franchi les frontières,
Je traverse les Cieux
Qui viennent m’accueillir.
Ils m’ont dit d’une voix
- Mahmoud, que fais-tu là ?
Nous ne t’attendions pas !
J’ai regardé les Gardes,
Les Saints et les Apôtres,
Prophètes, Envoyés,
Messies ou Messagers,
Et répondu soudain :
-J’ai cessé de pleurer
Cette Terre brûlée.
J’aurais voulu entendre
Une dernière fois,
Des rires aux éclats,
Les chansons de la joie.
J’ai traversé Gaza
Et entendu ceux qui
D’Hébron à Ramallah,
Scandaient mon nom :
…… Mahmoud !
Hurlaient à haute voix
Ce cri qui jaillissait
Du fond de leurs entrailles.
Et moi j’aurais voulu
Comme en écho, répondre :
- Allons ne pleurez-pas !
Le Poète est un Guide
Peut-être un Messager
Qui ne fait pas l’histoire
Il ne fait que la dire,
La crier, la hurler.
A ce Violon qui pleure
A ce Luth qui gémit.
Et tel un vagabond
J’ai transporté nos maux,
Au travers des frontières
Car je sais que mes mots
Eclaireront la Terre.
Mes frères, un jour viendra
Où le camp de la Paix
Détruira les frontières,
Fera tomber les murs,
Erigera l’Amour
Et sous une bannière
Réunira nos peuples
Eclairés de Lumière.
Dites au Violon qui pleure
Et au Luth qui gémit
De cesser leurs sanglots,
Je ne veux plus de larmes
Je ne veux que l’Espoir
Que se taisent les Armes !
AOUADENE Rénia
Traduction de Un café a la manera de Mahmud Darwish - Abdo Tounsi
Je t’écris ami Ahmed pendant que je prends le café du matin, je le prends avec des pauses comme Mahmud Darwish….Que me racontes-tu Ahmed ? Tu prépares toujours le café comme lui et tu essaies de le faire pareil ? Où peut-être as-tu oublié l’arôme du café arabe et maintenant tu prends du décaféiné à la place… Tu sais Ahmed, peu de jeunes parmi les nouvelles générations savent qui est Mahmoud Darwish, bien ils sont peu mais c’est ainsi, mieux que rien. Il y en a aussi parmi eux qui savent qui est Edward Saïd, peu d’entre nous parlent des morts, nous préférons les vivants.
La semaine passée, un groupe d’allemands récemment arrivé en Palestine nous a rendus visite. Nous sommes passés près d’eux par la boutique d’Abu Daoud, le connais-tu ? L’arôme du café mélangé à la cardamome remplissait les ruelles comme toujours Ahmed ! Ils m’ont raconté que c’était l’odeur de la Palestine. Ils paraissaient certains de ce qu’ils racontaient. Ils en savent plus que moi. La Palestine reste toujours mon rêve. Que me racontes-tu ? Ou le fait d’avoir réalisé ton rêve d’émigrer en Allemagne t’a fait oublier la Palestine ? Que me dis-tu des blondes d’Europe Ahmed ? Est-ce que tu continues à les poursuivre ? Quoi, tu persistes à les convaincre que notre culture est la meilleure ? Ou alors es-tu tombé amoureux de l’une d’entre-elles ? (Il n’y a pas de mal à tomber amoureux)
Ton frère Husein est tombé et maintenant il a l’anneau au doigt. Il a plus de 20 ans ? Je ne peux le croire. Tu te souviens quand il nous servait de messager entre les ruelles ? C’était un enfant alors. Pourquoi nous n’avions pas peur qu’il se perde dans les ruelles. Les distances étaient considérables entre nos maisons. Il fallait juste sortir de ma maison, à gauche il y avait le salon de coiffure de Al-Haik et ensuite passer la maison Wael( au fait il est en Afrique ) ; à droite et près de la maison de Abu-Al-Abed (qui s’est marié pour la troisième fois), en passant par le café deSaleh (avec beaucoup de narguilé, chaque fois un peu plus) ensuite ta maison et son escalier étroit (ouf, il fallait une trotte pour arriver au bout !)
Il semblerait que nous nous soyons accoutumés aux ruelles et nous y vivions… Il est clair qu’elles portaient nos espoirs et nos rêves, nos colères et nos désespoirs !
Nous avons aussi écouté les histoires des gens derrière les murs fins que nous le voulions ou pas ! Notre ami Husein n’est pas seulement amoureux mais il aide les amoureux pour ne pas être le seul …Ainsi il a ouvert un commerce à l’entrée du campement, en face du cinéma Al-Sharq (devenu un supermarché), Husein vend des cadeaux pour les amoureux : Parfums, roses rouges, des Keffiéhs (on en vend beaucoup) sont à la mode et maintenant il y en a de toutes les couleurs : bleu, rose, violet, jaune… Peux-tu imaginer Ahmed une REVOLUTION VIOLETTE ? Serait-elle pour l’amour ou la liberté ? Où il se peut que nos toits de zinc se changent en ciment ? Nous allons bien, nous avons encore des espoirs et des souffrances..
Raconte-moi, que se passe-t-il dans ta vie ? Au fait je deviens fou. Comment as-tu fais pour monter le frigo jusque chez toi avec un escalier si étroit ! C’était un miracle !
Texte de ALAA ELALI – Traduit en espagnol par Abdo Tounsi
Hier tu m’as prise
Comme un homme
Prend une femme,
Mon corps assoiffé
Enroulé autour du tien
Ne cessait de réclamer
L’ultime extase.
Tu ne cessais de répéter :
Hamleghkem !
Qu’il est beau
Le je t’aime kabyle !
Au son de notre langue
Je me laissais porter,
Fils de ma terre,
Fils de mon sang,
Fils de ma chair
Homme blessé
Homme troublé
Tant déchiré.
J’étais ce prénom
Qui ne t’appartient pas
Et qui pourtant ne cesse
De provoquer en moi
L’attrait du Djurjura.
Homme plaisir,
Homme en quête
De je ne sais quoi
Que cette terre
N’accouche pas,
Que cette terre ne sème pas.
Quand le désir se fait plaisir
Je hurle un amour interdit
Parce que maudit
Je pars et je te laisse
Dans ce nid d’aigle
Blessé.
Je pars et je te laisse
Seul au milieu des tiens
Au milieu de nulle part
Là où les autres
Ont tant besoin de toi
Mais semblent tout ignorer
De toi.
Je pars et je te laisse
Dans ce nid construit
Au fil d’années perdues.
Suis-je venue porter
Un éphémère instant
D’amour
Dans ce chaos
Qui t’enveloppe ?
Avide est le désir
De ceux qui se rencontrent
Sachant que plane
Autour d’eux la flamme
De la séparation.
Avons-nous compté
Les heures,
Avons-nous brûlé
Le temps ?
Pour que s’éclaire
La lumière de l’espoir
L’oubli pointe son nez
Qu’avons-nous dit,
Qu’avons-nous fait
Afin que nulle autre
Personne ne puisse fleurir
Nos corps et arroser
Nos cœurs ?
Nous le savions
Mais peu importe
Ce temps qui passe
Car cette terre
Au sol jonché de corps
Désespérés ;
Désespérants de putréfaction,
Odeur de morts,
Terre de mémoires,
De quelle guerre,
Du frère qui a tué sa sœur
De celui qui a égorgé son père
Et violé sa mère ?
Un tas de débris
Jetés çà et là,
Décombres d’une maison
Autrefois havre de paix
Maintenant classée
Aux oubliettes de l’enfer,
Relents qui tuent,
Enfants perdus,
Enfants des monstres revenus
Du maquis de l’enfer.
Terre souillée,
Mille fois violée,
Terre sacrifiée,
Espoir décapité.
Sur cette terre
Je t’abandonne
Perdu au milieu
Des cendres du désespoir
Semées par ces enfants
Dont le rêve n’est que partir
Pour n’être qu’un
Eternel exilé !
Je pars et je te laisse
Je pars et j’emporte avec moi
Ce sourire qui n’appartient
Qu’à moi…..
Aouadène Rénia
En las cuevas de Granada
Allá por el Sacro Monte
Cuentan una leyenda.
¿Gitana, Gitana
Porque llores?
En un tiempo ya pasado
Me enamoré de un moro
Era jinete del rey
Y cuando salía del palacio
Me traía treinta rosas
Una para cada día
Y eterno sería
Nuestro amor.
Yo le bailaba una rumba
Y él se gozaba de mí
Cuando mis caderas iluminaban
Sus ojos grandes
Con su mirada azul.
Me hizo la promesa
De traerme el más grande
Ajuar, tan importante
Como aquel de princesa.
Joyas, vestidos y regalos
Llevarían diez caballos
Y de reina de maravillas
Sería la boda de la Gitana.
Pero cayó Granada
Y su grandeza
Y echaron a tierra mora
El jinete de mi corazón.
Gitana, Gitana es lo que soy
Desde entonces
Sigo bailando
En las sombras cuevas gitanas
Para olvidar el tiempo
En que el moro me quería.
Cuando bailo
Cierro los ojos
Imaginando al moro
En su tierra africana
Con lágrimas en los ojos.
A pesar de los pesares
Atraviesa por el mar
El suspiro de aquel moro
Que sigue llorando
Sigue llorando.
¡Ay Gitana es lo que soy
Pero querida fue con pasión
Por el moro, por el moro!
LA ALJAMA
En la mezquita de Córdoba
Tocan las campanas
¿Pero que pasa Madre
Porque tocan las campanas?
¿Dónde está el muecín
Que llamaba con su llanto
Al creyente para la oración?
La Aljama sigue viviendo
Como para decir al mundo
Que en un tiempo muy lejano
A los árabes les encantaban
La belleza y la dulzura
De la sabiduría
¿Pero Madre, que ocurrió?
La memoria de los hombres
Algún día se perdió
¡Ya no saben lo que suena
La palabra libertad ¡
EL REY MORO
En el Palacio Granadino
Bailaba una señorita
Moviendo las caderas
Sonrisa de felicidad.
Ella se imaginaba
En el palacio del Moro
A quien llamaron El Chico
Aquel que no supo
Defender su patria y tierra.
El exilio le trasladó
En la tierra de Marruecos,
En el pueblo de Agmat
Donde ni siquiera no puso
Olvidar las flores
De los almendros,
Oliveros y jazmines.
Buscaba el olor abandonado
En las cortes de la Alhambra.
¡Llora, llora Boabdil!
Granada no te olvide
Del tiempo en que los hombres
Pensaron que el Oriente
Se encontraba en Granada.
¡Llora, llora Boabdil!
No te olvides, Granada
Los poetas, los cantantes,
Aquellos que la hicieron
Esplendor andaluza.
Y a pesar del engaño,
Y a pesar del olvido,
Nadie podría borrar
El pasado tan rico que fue
Al-Ándalus la mora, la judía,
Cristiana y árabe.
¡Llora, llora Boabdil!
Tus llantos atravesaron
El mar y hasta la sierra
Para despertar las fantasmas
Del esplendor de Granada.
¡Llora, llora Boabdil!
Sigue bailando la señorita,
Para despertar la grandeza
De una tierra de esperanzas.
Tous droits réservés Aouadène Rénia
LAS ALPUJARRAS
En las Alpujarras
Quisimos crear un paraíso,
Olvidando el engaño,
La prisión y la traición,
Edificar unos pueblos,
Salvar nuestras tradiciones
Y en paz compartir
El amor a nuestras raíces
Duramente andaluzas.
No éramos moros
Ni siquiera árabes,
Éramos hijos de esta tierra
Que se llamaba Al-Andalus.
Nuestra sangre mezclada
De tantos hombres, mujeres
Que hicieron de nuestra tierra
Un mundo de riquezas
Y quienes habían elegido
El deseo de ser andaluz.
En las Alpujarras
Vinieron algún día
Los caballeros aquellos
Que traían la cruz por la mano
Y la espada por otro lado.
Mataron a los varones
Y echaron por las calles
Los viejos, las mujeres, los niños
Ensenando el camino
Hacia el puerto de Alicante.
Gritos, lágrimas, lamentos,
Salen noches de luna llena
En las calles de los pueblos
De las Alpujarras.
I’TIMAD
¡Ay qué suerte
Tuvo I’timad,
Pobre nació
Esclava se volvió
Y reina se encarnó!
¡Ay qué suerte, I’timad!
Al Mu’tamid se enloqueció
Y para ti abandono
A su fiel y tierno amigo.
Ibn Ammar,
Traicionado, desapareció
Pero en odio se transformó.
¡Ay qué suerte, I’timad!
Palacio de oro le construyo
Para ser Diosa de Sevilla.
Siguen por las paredes
Del palacio moro
Corriendo las lágrimas
Del amante que perdió
Sus ilusiones,
Cuando el Rey eligió
La cama de una mujer esclava
Al pecho de un hombre viril.
¡Ay qué suerte
Tuvo I’timad!
LOS AMANTES
En la sierra cordobesa,
En el campo, por las calles,
Lloran los aceituneros.
¿Por qué lloran?
Dice el campesino
En un tiempo ya pasado
Corrían por las calles
Los gritos de alegría
De los amantes eternos
Wallada, ibn Zaydun.
Por la noche, por el día
Se cruzaban los enamorados
Y bastaba una mirada
Para aclarar la ciudad
De Córdoba la mora.
¡Córdoba de los amantes,
Córdoba de las pasiones!
Desaparecieron los amantes
Y murieron los cantos.
Cantos de pena y sufrimiento
Cantos de pesares y llantos
Invadieron las callejuelas.
¡Wallada, Ibn Zaydun!
Ibn Zaydun sigue llorando
Wallada la traicionera
Aquella que eligió a su esclava,
El miele de una mujer
Al zumo del varón.
En el campo, en la sierra,
En las callejuelas cordobesas
Sigue gritando el espíritu
De un hombre siempre perdido.
¡Ibn Zaydun, duérmete tranquilo,
Wallada nunca encontró
Amor tan fuerte y delicioso
Como lo fue vuestra pasión!
MARIPOSA
¡Mariposa, Mariposa!
Vuélvete a Argelia
Para cantar al moro
El llanto del ruiseñor.
Rojo es mi corazón
Blanca llena de sangre
Es la mortaja de la novia
Huyendo los golpes
De las espadas.
¡Mariposa, Mariposa!
Vuélvete a Argelia
Para decir al moro
Que sigue esperando
Su vuelta,
La novia enamorada.
¡Mariposa, Mariposa!
Vuélvete a Argelia
Para que el suspiro del moro
Llegue hacia la puerta
De la ciudad cordobesa
Y que la niña enamorada
Encuentre por fin
El sueño profundo.
OUED EL KEBIR - GUADALQUIVIR
Oued el Kebir, rio grande
¿Por qué quedaste vacío?
¡Acuérdate del tiempo
En que estabas poblado
De aquellos molinos
Que daban trigo al mezquino!
¿Oued el Kebir, que te pasa,
De que sufres, de que faltas?
Había, en tiempo pasado
Mucha lluvia, mucha nieve.
Alrededor de mis orillas
Hombres y mujeres venían
A buscar sémola de trigo
Para preparar la torta
Y compartir el almuerzo
Del rico, del pobre,
Del extranjero…
Hombres de mala fortuna
Combatieron mis paisanos,
Destruyendo los molinos
Compartiéndose nuestra riqueza.
¡Oued el Kebir, no te mueres
Porque te necesitamos
Hoy en día de tan desgracia!
Oued el Kebir, lo sabemos
Que salen de tu más profundo,
Olores que suelen decir:
¡Ojala que mañana vuelva
El tiempo de agua de lluvia
Porque de días de acequia
Ya no aguanto,
Y que la muerte,
Ya no la quiero!
SI SUPIERAN LOS MOROS
¡Si supieran los moros
Lo que dejaron en Granada,
Si supieran los árabes
Lo que construyeron en Granada!
Por las calles del Albaicín
Huelen olores de jazmines
Naranjeros y azafranes.
Los almendros lloran
El tiempo de Medina Azahara
Cuando Córdoba la sultana
Gozaba de los poetas
Que encendían por las casas
La riqueza de su sabiduría.
Ibn Zaydun paseaba por los patios
Escribiendo miles de versos
Para cantar la dulzura
De las noches cordobesas.
¡Si supieran los moros
Lo que dejaron en Córdoba,
Si supieran los árabes,
Que las raíces no se pierden!
EL POETA
En el campo de Granada,
Grita, grita el Poeta.
En el campo de Granada,
Llora, llora el Poeta.
En el campo de Granada,
Crecen, crecen aceitunos.
Son las lágrimas perdidas
De aquel poeta que sufre,
Son las lágrimas que corren
Por la tierra de Granada.
¡Libertad,
Grita el Poeta!
Liberadme de mi tumba!
¡Por favor coged mis huesos
Y enterradme con los nuestros
Que lucharon hasta la muerta
Contra el Malo contra la Peste!
En el campo de Granada
Grita, grita el Poeta
Por favor buscad mis restos
Para que la paz me encienda
Y que por fin me aduerme.
Llora, llora madre mía
Que tus llantos les despierten
Para que busquen mi cuerpo
Y que por fin yo me duermo.
Algérie
News : Votre parcours est fait de traversées
de diverses cultures, arabo-berbère,
française, italienne, hispano-américaine.
Comment vivez-vous cette multiculturalité ?
Rénia : Petite fille d’immigrés kabyles, j’ai
eu la chance de grandir au milieu de ces cultures
dans un pays qui n’a toujours pas saisi
qu’elles étaient source de richesse. Je me considère
comme une femme de la Méditerranée et
je le revendique. Ma vie a démarré sur un
drame : l’assassinat de mon père, membre du
MNA, par le FLN. La tragédie était terrible
pour l’enfant que j’étais mais j’ai très vite pris
conscience que ces immigrés portaient aussi la
douleur de l’exil, de leur guerre et que nous
pouvions en faire notre force en partageant et
en s’imprégnant, les uns des autres, de nos
racines et nos histoires. Les choses n’ont pas
toujours été faciles mais je crois avoir dépassé
le stade du : « qui suis-je ? D’où je viens ?
Où vais-je ? » depuis bien longtemps. Je suis
un être imprégné de ces richesses qui me permettent
de voir l’autre sans préjugés.
Pouvez-vous nous parler de vos créations ?
J’écris quand l’inspiration vient, de la poésie,
des nouvelles, du théâtre et le roman. Peutêtre
qu’en tant qu’enseignante, j’ai du mal à
choisir car j’aime la littérature sous toutes ses
formes. J’ai publié des poèmes et des nouvelles
dans la revue Algérie Littérature Action,
ensuite un recueil de nouvelles intitulé
«Destinées», une pièce de théâtre «Le Cri des
Sebayates» et un roman «Nedjma et
Guillaume» aux éditions Marsa. Tous mes
principaux personnages sont des femmes algériennes,
toutes générations confondues avec
cette envie de les mettre en avant, de témoigner
de leur beauté, leur force, leur courage à
travers les siècles, à travers l’histoire douloureuse
de ce pays.
Vous faites des lectures de vos poèmes,
accompagnée du musicien Denis Chauvet,
guitariste, bassiste, auteur-compositeur.
Comment l’avez-vous rencontré ?
Denis et sa compagne ont quitté Paris pour
s’installer dans le Sud et c’est lors d’une de mes
lectures dans une librairie qu’il m’a proposé
d’improviser sur mes textes. J’ai aimé ses créations
et nous avons décidé de faire un CD : «
Algéries-Andalousies- Marseille ». Depuis,
nous faisons des récitals à l’occasion des
conférences ou des rencontres auxquelles je
participe. C’est un vrai bonheur d’être sur
scène avec lui car il me rassure lors de mes lectures
et nous nous complétons. J’adore le
contact avec le public, le regard des hommes et
des femmes qui assistent à nos lectures et leurs
réactions. Je sens que ce sont des moments
privilégiés de partage et de communion.
«Nedjma et Guillaume» est votre premier
roman, que pouvez-vous nous en dire ?
J’avais envie de rendre hommage à ces femmes
qui ont marqué l’histoire de notre pays.
J’ai donc fait un choix des noms des personnages.
Nedjma fait référence au grand maître
qu’était Kateb Yacine, et Djanina à la fille de
Messali Lhadj. Ces deux personnages évoluent
dans deux époques différentes, les années 1930
et 1990. J’ai choisi ces deux moments de l’histoire,
celle que l’on a tendance à oublier, les
années de combat du MTLD, avec à sa tête
Messali Lhadj que je considère comme l’un des
pères fondateurs de cette indépendance
confisquée. Quant aux années noires, elles
nous touchent car chacun d’entre nous a
perdu un être cher tombé sous les balles de
l’intolérance et de la barbarie.
Que pensez-vous de la littérature féminine
algérienne ?
J’aime la littérature algérienne en général et
je n’oublie pas celles qui nous ont ouvert les
portes de l’écriture, deux grandes dames, Assia
Djebbar et Fadéla M’rabet. Je ne peux concevoir
l’écriture sans un engagement et les
auteurs algériens foisonnent comme pour
montrer que nous avons besoin de dire, d’accoucher
de cette violence, de ces horreurs que
notre peuple continue de vivre, comme l’absence
de projets dans une société qui ne cesse
d’enfanter des jeunes filles et garçons en mal
de vivre et poussés à devenir des harraga ou à
se suicider.
Votre poème «Sidi Bouzid», en hommage à la
révolution de Tunisie, prouve que l’inspiration
est toujours présente. Quels sont vos
futurs projets ?
Poétesse, je suis née d’une mère poétesse
qui improvisait en kabyle. J’accouche des mots
au gré du temps et de mes états d’âme. Je ne
pouvais que rendre hommage aux Tunisiens
qui ont ouvert une grande porte vers une longue
marche pour la liberté dans tous les pays
victimes de l’oppression. J’écris de la poésie,
des nouvelles et j’essaie de mener à bien l’écriture
d’un deuxième roman dont le personnage
est un grand homme qui fait partie de l’histoire
algérienne. Je n’en dirai pas plus !
D. G.
SIDI BOUZID à Mohamed Bouazizi
Ils sont partis
De Sidi Bouzid aux cris
De l’horreur, poursuivis
Par les hurlements
De ces femmes
Qui ont vu l’enfant de la Patrie
Succomber au feu de la révolte.
Ils ont marché sur Sfax, Thala,
Kasserine pour atteindre Tunis
Là où le loup, la louve
Et sa couvée repue
Sabraient le champagne
En toute impunité.
Ils ne savaient pas
Que le peuple,
Las de tant d’ignominie,
Las de tant d’impudeur,
Allait soudain se réveiller
Là où l’injustice, le mépris
Font le lit de la haine
Et provoque la révolte.
Ils ont cru, les incultes,
Que les enfants de Hannibal
Avaient oublié le passé
Pour n’être plus que les otages
D’un monstre et de sa catin
Devenue Madame pour ne servir
Que ses démoniaques desseins.
Ils ne savaient pas
Que les racines et le sang
Qui coulent dans les veines
D’un peuple qui jadis
Refusa d’être asservi à l’étranger,
A engendré des hommes
Dont le passé a ressurgi
Comme les laves du volcan
Trop longtemps endormi
Qui se réveillent
Et fait table rase des armes
Pointées par l’ennemi.
Larmes versées,
Cris étouffés,
Hommes libres blessés,
Droits bafoués,
Prisonniers torturés,
Femmes méprisées !
ô enfants de Hannibal !
Ne vous laissez pas abuser
Par la horde qui continue
De paître parmi les hirondelles
Qui ont pris le vol de la liberté !
Gardez les yeux ouverts
Ne laissez pas la gangrène
Se propager parmi vos rêves
Et la révolte se dissiper!
Et quand s’entrouvre la porte
Pour ne laisser paraître
Que l’inéluctable lumière
Et quand soudain s’échappent
De tous ces vases clos
Les parfums du jasmin
Et des fleurs d’orangers
N’oubliez pas
Que les effluves
Peuvent être souillés
Par ceux qui silencieux
N’attendent que l’instant
Où la horde sauvage
Ressortira ses crocs.
ô enfants de Hannibal
Tous les yeux sont tournés
Du côté de la rive
Où l’on crie « Liberté » !