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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 09:38

HARRAGAS

 

Ils se lèvent un matin

Portés par la détresse

Avec pour tout bagage

… L’espoir !

Collés, entassés, alignés,

Tels de sordides anchois

Dans ces barques construites

Pour pêcher, donner la vie

Aux ventres affamés.

 

Ils sont là, côte à côte,

Respirant ces odeurs

De ces corps qui transpirent

De tant d’humidité,

Sans une goutte d’eau,

Une miette de pain,

Qu’importe que de ces ventres

Sortent des bruits infâmes

De l’inexorable faim…

Leur pain quotidien.

 

Ils fuient cette Terre,

Devenue stérile qui désormais

N’accouche plus que…

D’infâmes morts nés.

 

Harraga, mon Fils

Tu n’es pas de ceux-là

A qui la faute ?

A ceux qui

Sous l’ombre des auvents,

Continuent d’amasser

D’immenses fortunes,

Alors que nos enfants,

Nos femmes, nos vieillards

Croulent sous la misère

D’une nouvelle pandémie…

……….. La Faim.

 

Harraga, mon Fils, tu seras

A dit la Mère Algérie

Car l’arbre trahi ne peut plus

Retenir la sève qui déborde

De ses seins trop pleins de rage,

De peine et d’impuissance.

 

Alors tant pis mon Fils,

Si tu pars sur le chemin

          … De l’exil,

Si tu te perds au fin fond,

Du désert Australien,

Des plaines Canadiennes,

Prairies Américaines.

Tant pis si tu erres

Dans les rues de Barbès,

las Ramblas de Barcelone

Ou dans les ateliers

Où clandestins s’entassent

Pour pouvoir échapper

Aux rafles devenues

Des chasses aux clandestins

Dans ces pays nantis

Où les murs se construisent

Pour éviter de voir

Cette Afrique sordide

Pillée par ceux qui la gouvernent

Depuis des décennies.

 

Harraga mon Fils,

Qu’importe si mon cœur,

Saigne de mille flots,

Qu’importe si mes yeux brûlent

De mille feux !

 

Harraga, ma Fille,

Et toi aussi tu partiras,

La peur au ventre,

Le cœur brûlé,

Pour quelques sous,

Tu te vendras

Et mariage il y aura,

Mais sans amour,

tu survivras.

 

Harraga, mon Père,

Un soir d’automne,

Tu es parti,

Dans ces pateras de bois usés

Car tu m’as dit :

Bien plus douce sera la mort

Loin de la Terre où je suis né.

 

Dans la patera qui vous transporte,

Surtout mon Fils, ne pleure pas !

Les larmes n’effaceront pas

Cette misère galopante,

Nous le saurions bien avant toi !

 

Harraga, mon Fils,

Sur les flots bleus,

Imprègne-toi de ces couleurs

Que la Mer qui t’emporte

Vers d’autres cieux,

Rendent tes jours

Un peu plus heureux.

 

Harraga,

Loin de l’orange amère,

Du pain qui ne rassasie pas,

De l’eau qui jamais ne s’écoule

Des robinets qui sont taris.

 

Harraga, mon Fils,

Telle est ta force,

Dans l’amour que je t’ai donné.

Et si un jour vient la nouvelle

Que tu as franchi les écueils

Oublie ta Mère, oublie ton Père

Et cette Terre condamnée !

Chaque matin, lève la tête,

Regarde-moi, je suis très fière,

De ma prison, je te vénère,

Car les pilleurs de dignité

N’ont pu de leur main te broyer,

Car aux voleurs de liberté

Tu as pu enfin échapper !

 

Harraga mon Fils,

Qu’importe si mon cœur,

Saigne de mille flots,

Qu’importe si mes yeux brûlent

De mille feux !

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Published by AOUADENE - dans HARRAGAS
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