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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 10:58

http://www.kabyle.com/fr/articles/renia-aouadene-une-kabyle-multiple-19975-1107201

Rénia Aouadène, une Kabyle multiple.

 

Dans les yeux de Rénia luit la douceur et de ces même yeux point le mystère. Le mystère d’une poétesse en profonde réflexion. Voir son sourire parmi les siens est une preuve de pleine béatitude. Rénia, originaire de Bgayet, l’âme de la Kabylie-comme la chantait le maestro Chérif Kheddam-,  est née à Marseille. Elle fait des études de Littérature et Civilisations hispano-américaines et en sciences de l’éducation à l’université d’Aix en Provence. Ensuite elle part pour Cordoue et Grenade comme assistante de Français où elle se passionne pour l’Espagne dans sa diversité enrichissante.

 

Et, nomade, Rénia ne fatigue pas. Elle est en éternel mouvement à la recherche du nouveau, au déterrement de l’histoire et des histoires, à la recherche d’elle-même mais jamais sans les autres.

 

Je ne sais où j’ai rencontré les premiers mots des poèmes de Rénia, tente l’écrivain Dominique Le Boucher, dans la préface de son dernier né : Amer…Tumes, de comprendre.  Je ne sais si c’est aux jardins écarlates de Grenade, entre les piliers ocre rouge et nacrés de la Mosquée de Cordoue ou sur les hauteurs de Bejaïa la souveraine, la secrète  Bgayet la Kabyle veillant sur l’histoire inconnue du peuple des hommes libres. Partis de Sidi Bouzid la rebelle pour Tunis, les Harragas continueront leur errance ivres d’une autre rive en quête d’une vie meilleure vers l’Andalousie heureuse des mots du poète  Ibn Zaydun,  l’amant des jardins.

 

Active, Rénia, ne se limite pas à écrire assise derrière un bureau. Elle milite au sein d’Associations marseillaises issues de l’immigration. Elle est animatrice socio-culturelle, formatrice auprès des publics en difficultés d’insertion sociale et professionnelle. Elle donne des conférences et lectures en France, Espagne et en Algérie.

 

Avec le musicien Denis Chauvet elle réalise des performances pour partager en direct ses mots, ses émotions, ses pensées, ses sagesses et ses folies qui, aussi, un jour réunît dans un CD intitulé Algérie-Andalousies-Marseille.

 

Rénia a participé dans plusieurs revues littéraires en publiant des poèmes et des nouvelles.

 

Destinées (recueil de nouvelles) est un recueil de destins de sept femmes d'origine berbère qui sont confrontées à la violence, et qui racontent des moments vrais et cruels de leur vie. Un recueil dans lequel elle rend hommage à ces femmes, en témoignant de leurs souffrances avec solidarité et affection.

 

Rénia s’essaie aussi au théâtre. Ainsi, dans Le cri des Sebayates, trois femmes sont détenues dans un maquis par un émir terroriste. En attendant leur exécution, elles racontent leurs amours, leurs combats, leurs espoirs. Ces cris du cœur leur permettent d'affronter la mort avec courage et lucidité.

 

Nedjma et Guillaume est un roman dans lequel, elle chante l’amour et les valeurs de l’humanisme au-delà des nations tout en dénonçant le fanatisme et la bêtise humaine. Nedjma, comme l’écrit Marie Virolle, est une jeune algérienne, héritière de la valeureuse tradition féminine de son pays en proie à une violence fanatique et misogyne. De passage à Marseille, elle rencontre Guillaume, prêtre dans un quartier populaire. Entre ces deux êtres que tout sépare, se noue une relation exceptionnelle, hantée par la figure de Djanina, martyre nationaliste, et soutenue par l’humanisme des cultures occitane et berbère.

 

                                                      

Rénia, sans détours et avec beaucoup de passion, nous raconte dans cet entretien, ses ambitions, son parcours, ses peines.


Après de longues recherches et résidences tantôt en Espagne, Tunisie et à Bejaia, vous venez d’éditer un nouveau recueil. Quel est votre sentiment ?

J’avais envie de publier ce recueil de poésies qui regroupent une grande partie des thèmes qui me sont chers. On y retrouve les lieux où j’ai vécu, mes passions mais aussi mes doutes, mes angoisses, mes révoltes. Ce recueil est le reflet de mes combats mais aussi de mes questions face à un monde perturbé, désordonné où les choses semblent prendre un chemin qui ne me convient pas. Ce  monde qui évolue « à reculons » sur tous les plans et la femme qui semble être celle qui doit encore payer le prix le plus cher pour survivre.



Que veut dire le titre Amer…Tumes ?

Quand j’ai commencé à écrire le poème Bougie, Bejaia, Bgayet , le titre de l’ensemble de l’œuvre m’est apparu spontanément à ce moment-là. Je laisse le soin aux spécialistes pour jouer avec le titre et y trouver des réponses. En fait si je devais faire le point d’un parcours de vie, je dirais que j’aime passionnément cette Terre-Mère qu’est l’Algérie et pourtant cette « Terre-Mère m’a privée de tous mes hommes, elle me les a pris » et je continue à aimer cette Marâtre-Terre sans pouvoir couper le cordon qui me lie à elle. Ce recueil est composé de quatre parties, Amer…tumes, Il est parti le peintre, Il n’y a plus d’étoiles dans le ciel de Bagdad et Si supieran los Moros. Je voyage à travers le monde et dénonce ce qui me donne envie de hurler face à l’incohérence de l’homme et les conséquences qu’elle a sur l’évolution de l’humanité. Sommes-nous condamner à subir les affres des politiciens qui font des choix  qui nous mènent vers le chaos. Des guerres qui n’ont pas lieu d’être et qui ne servent que les intérêts des nantis et des pays arabes dont on sait que leur seule richesse basée sur le pétrole permet d’alimenter les pays qui émergent avec pour seul objectif : le retour à l’obscurantisme et à la domination de la femme parce que des sourds et des aveugles sont toujours persuadés que nous avons mangé le fruit défendu et que nous sommes responsables de tous les maux de l’humanité avec nos belles chevelures et nos regards de femme, de mère ou d’amante.
 

Votre parcours est riche, votre expérience est valeureuse, comment la partagez-vous avec les vôtres ou les sociétés dans lesquelles vous évoluez ?

Mon parcours est riche des rencontres que j’ai eu la chance de faire mais que j’ai provoquées en sachant saisir chez chacune d’entre elles  l’amour de la vie et les combats que ces hommes et femmes menaient. De plus je me souviens alors que j’étais étudiante de cette phrase d’un homme qui a pris son envol depuis et qui ne cessait de me répéter «  tu es un oiseau libre, ne laisse pas un homme te mettre en cage car il t’empêcherait d’être ce que tu es ! » . Cet homme algérien,  d’une ouverture d’esprit et riche d’un parcours fait de déceptions et de combats parce qu’il était de la génération de la guerre d’Algérie et qui avait saisi ma souffrance de ne pas avoir connu ce grand monsieur qu’était mon père ce messaliste assassiné  m’a accompagnée dans les moments de doutes et de douleurs. Et chaque fois que je sentais que j’allais m’effondrer, j’ai croisé un être qui m’a remise sur les rails avec des mots, avec un regard, avec un geste. Je dis toujours que dans mon malheur, j’ai à chaque fois eu le bonheur de faire des rencontres particulières dont je m’imprègne.

Comment fut votre visite à Béjaia et comment trouvez-vous l’énergie qui se dégage des jeunes kabyles ?

Il y aura un avant et un après la conférence à Aokas. D’abord parce que symboliquement je rendais hommage au combat de mon père, au MNA et c’était pour moi l’occasion de briser 50 ans de mensonges sur les massacres perpétrés par le FLN en décapitant les têtes du Mouvement nationaliste algérien et sur le meurtre de tout un village celui de Melouza dont la seule faute était d’adhérer à la cause nationaliste. Je l’ai fait dans la commune où il est né, où il a grandi et où il était respecté. Puis j’ai parlé de mon parcours de fille, de femme issue de l’immigration, de mes combats et j’ai rencontré un public composé de personnes avec une envie de savoir, de comprendre et qui m’a fait un accueil des plus chaleureux car surpris puisqu’ils ne me connaissaient pas et ne savaient pas de quoi je parlais à travers mes écrits. Je pense qu’ils ont apprécié ma spontanéité et  mon attachement à cette Terre Kabyle. Je dis toujours qu’il y avait beaucoup d’émerveillement dans cette salle et aussi beaucoup de respect pour le combat que je mène pour  que l’on rende à leurs veuves et à leurs  orphelins ,  la dignité et le respect qu’ils  méritent. J’ai eu un public d’une richesse intellectuelle et avec une envie de changer les choses et de faire évoluer ce pays et la cause berbère en particulier.


Pourquoi écrit Rénia ?

Je crois que j’écris et je l’ai dit de nombreuses fois parce que j’aime l’écriture et que les mots viennent, coulent et j’ai envie de fixer sur du papier mes émotions et mes pensées les plus intimes. J’ai besoin de les partager parce que c’est un don que ma mère m’a transmis à travers les vers qu’elles improvisaient en kabyle. Elle m’a allaitée en pleurant mon père et en criant à travers ses chants,   sa douleur d’orpheline et de veuve exilée dans un pays qui était en partie responsable de sa situation.

Que pensez-vous du monde de la littérature actuel ?

Le monde de la Littérature, il foisonne de talents mais dans une société autant matérialiste, il y a peu de places pour les artistes et les intellectuels surtout dans nos pays d’origine. Mais le livre a toujours fait peur, il est l’objet de toutes les attaques et si les chrétiens ont brûlé les livres au Moyen- âge et pendant la seconde guerre mondiale, aujourd’hui c’est au nom de l’Islamisme que l’on brûle les beaux textes. Averroès le grand Maître andalou doit se retourner dans sa tombe. Alors que dire sinon que ce monde va encore m’inspirer et me pousser à accoucher d’autres amertumes.

Vous qui êtes née en France et qui êtes profondément liée à l'Algérie que pensez-vous de la tension entre les deux pays?

 

 Il n’y a de tension qu’entre les pouvoirs des deux pays. La France et l’Algérie ont un lien inaliénable et quoi qu’en dise les extrémistes des deux rives, chacun de nous est imprégné des cultures de l’autre. La France et l’Algérie sont faites de tous les hommes et les femmes qui ont traversé la Méditerranée et qui continuent à avoir le cœur qui bat lorsque les mots rappellent une histoire commune. N’en déplaise aux esprits étroits, nous sommes là et nous serons à jamais la trace qui relie ces deux pays.

Je veux bien croire qu’un jour, un homme politique digne de ce nom, reconnaitra les horreurs commises dans chaque camp et écrira une histoire faite de larmes et de sangs pour dénoncer la guerre et dire qu’il n’y a ni guerre juste, ni guerre propre. La guerre d’Algérie était un combat juste mais les armes de chacune des parties étaient monstrueuses parce que fratricide dans les deux camps.   Pour terminer je dirais que femme de la Méditerranée , je me revendique au-delà des frontières car la mer est le lien qui rapproche les peuples.

 

Entretien réalisé par Noufel Bouzeboudja                    


 


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Published by AOUADENE
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