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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 15:13

L’homme qui n’avait rien compris de Youssef Zirem ou…les vents de la liberté ne se soulèvent plus 

Message  Red@_Senoune Hier à 22:53

L’homme qui n’avait rien compris de Youssef Zirem ou…les vents de la liberté ne se soulèvent plus !



« Les appels reprennent de plus belles. Les radios et les télévisions tentent de trouver les mots justes pour me convaincre, pour me réconcilier avec mon père. Mais leurs dires ne m’impressionnent pas, les discours ne peuvent pas me faire oublier ses absences et ses trahisons. » Ainsi s’exprime l’homme qui n’avait rien compris. A travers la solitude d’un homme et la rancœur d’un fils abandonné par son père, Daniel Llaurriat, juif algérien, l’auteur nous transporte dans un Paris dont il dit « un pays qui a de plus en plus peur de l’Etranger ». Youssef Zirem tente tout au long de ce roman de maintenir le lien au-delà des deux rives de la Méditerranée à travers des personnages qui nous font découvrir « le pays des Lumières qui veut se balader sur des sentiers obscurs » et l’Algérie « où le désordre est de tradition ». Tout est dit, Daniel, l’homme qui en pleine canicule de 2003 en refusant d’enterrer son père, nous met face à nos contradictions, face à notre déchéance d’hommes soi-disant libres, d’hommes qui ont abandonné sur les bords de la route leurs espoirs et leurs illusions. Il n’y a pas d’intrigue, peu d’actions comme l’on pourrait le trouver dans un roman classique, juste un fil conducteur qui est cette introspection dans laquelle Youssef plonge son « héros » en fait, un « anti-héros ». L’auteur nous entraine dans un questionnement sur l’état du monde et celui de l’Algérie en particulier par le biais d’un second personnage Laurent M, journaliste jouant le rôle du miroir comme s’il représentait la conscience de Daniel. Cette Algérie toujours sous-jacente à travers le regard d’un exilé malgré lui, en pleine décennie noire et qui nous renvoie à chaque étape de son histoire depuis la Kahena qui affronta les Almohades qui lui coupèrent la tête jusqu’ à l’Algérie d’aujourd’hui. Mais le narrateur fait un rappel historique et non pas des moindres « au fond c’est Paris qui a libéré l’Algérie. L’idée de l’indépendance est née à Paris dans les années 20 » et Zirem de casser le tabou messaliste, d’honorer le leader kabyle Akli Banoune indépendantiste de la première heure et nommer l’Etoile Nord-Africaine, le MTLD, le PPA et le MNA, ces Partis forts de cette immigration kabyle avec à leur tête un Messali Hadj écarté du combat par de jeunes militants, comme une nécessité de remettre à sa place ce pan de l’histoire occulté par 50 ans de mensonges enseignés. Et pourtant l’auteur fait dire à son personnage « je suis l’homme qui ne comprendra jamais rien du tout… Je n’ai jamais compris ces guerres, toujours renouvelées… ». Regard juste d’un auteur qui nous rappelle l’attachement de ces hommes et femmes venus peupler cette Terre qu’ils n’ont cessé d’aimer et Daniel est de ceux-là, un amour à la Terre-mère, celle des ancêtres transmis par sa mère issue d’une lignée de Berbères-Juifs. Le message est clair, cette terre riche de tant de communautés au fil des siècles en est réduite aujourd’hui à enfanter ces fameux « harragas », préférant la mort par noyade à une société qui se désagrège sous la main mise « d’un système fermé et autoritaire ».

La femme n’est pas absente de ce roman, elle est omniprésente à travers la mère de Daniel mais aussi celles, femmes ou amantes qui ont traversé sa vie sans pour cela se poser, elles sont présentes mais semblent jouer un rôle à la mesure de leur position dans une société moderne qui les a émancipées au détriment des hommes comme Daniel.

Ce roman est parsemé de références à des auteurs, des artistes ou des acteurs de la vie quotidienne qui ont croisé Youssef Zirem tel un hommage rendu à ces êtres pour qui l’auteur ressent une véritable tendresse comme si celui-ci ressentait le besoin de partager son univers et son entourage proche venu peupler son exil.

L’homme qui n’avait rien compris est un témoignage et un hymne à la beauté malgré le regard critique et réaliste de l’auteur. Telle une promenade à travers le temps et l’histoire et malgré la solitude de Daniel, le roman s’achève sur une note d’espoir : « La lumière est toujours plus forte que l’obscurité ».



Par: Rénia Aouadène

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Published by AOUADENE
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