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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 10:47

Algerie-news-gif.GIFAlgérie News : Votre parcours est fait de traversées

de diverses cultures, arabo-berbère,

française, italienne, hispano-américaine.

Comment vivez-vous cette multiculturalité ?

Rénia : Petite fille d’immigrés kabyles, j’ai

eu la chance de grandir au milieu de ces cultures

dans un pays qui n’a toujours pas saisi

qu’elles étaient source de richesse. Je me considère

comme une femme de la Méditerranée et

je le revendique. Ma vie a démarré sur un

drame : l’assassinat de mon père, membre du

MNA, par le FLN. La tragédie était terrible

pour l’enfant que j’étais mais j’ai très vite pris

conscience que ces immigrés portaient aussi la

douleur de l’exil, de leur guerre et que nous

pouvions en faire notre force en partageant et

en s’imprégnant, les uns des autres, de nos

racines et nos histoires. Les choses n’ont pas

toujours été faciles mais je crois avoir dépassé

le stade du : « qui suis-je ? D’où je viens ?

Où vais-je ? » depuis bien longtemps. Je suis

un être imprégné de ces richesses qui me permettent

de voir l’autre sans préjugés.

Pouvez-vous nous parler de vos créations ?

J’écris quand l’inspiration vient, de la poésie,

des nouvelles, du théâtre et le roman. Peutêtre

qu’en tant qu’enseignante, j’ai du mal à

choisir car j’aime la littérature sous toutes ses

formes. J’ai publié des poèmes et des nouvelles

dans la revue Algérie Littérature Action,

ensuite un recueil de nouvelles intitulé

«Destinées», une pièce de théâtre «Le Cri des

Sebayates» et un roman «Nedjma et

Guillaume» aux éditions Marsa. Tous mes

principaux personnages sont des femmes algériennes,

toutes générations confondues avec

cette envie de les mettre en avant, de témoigner

de leur beauté, leur force, leur courage à

travers les siècles, à travers l’histoire douloureuse

de ce pays.

Vous faites des lectures de vos poèmes,

accompagnée du musicien Denis Chauvet,

guitariste, bassiste, auteur-compositeur.

Comment l’avez-vous rencontré ?

Denis et sa compagne ont quitté Paris pour

s’installer dans le Sud et c’est lors d’une de mes

lectures dans une librairie qu’il m’a proposé

d’improviser sur mes textes. J’ai aimé ses créations

et nous avons décidé de faire un CD : «

Algéries-Andalousies- Marseille ». Depuis,

nous faisons des récitals à l’occasion des

conférences ou des rencontres auxquelles je

participe. C’est un vrai bonheur d’être sur

scène avec lui car il me rassure lors de mes lectures

et nous nous complétons. J’adore le

contact avec le public, le regard des hommes et

des femmes qui assistent à nos lectures et leurs

réactions. Je sens que ce sont des moments

privilégiés de partage et de communion.

«Nedjma et Guillaume» est votre premier

roman, que pouvez-vous nous en dire ?

J’avais envie de rendre hommage à ces femmes

qui ont marqué l’histoire de notre pays.

J’ai donc fait un choix des noms des personnages.

Nedjma fait référence au grand maître

qu’était Kateb Yacine, et Djanina à la fille de

Messali Lhadj. Ces deux personnages évoluent

dans deux époques différentes, les années 1930

et 1990. J’ai choisi ces deux moments de l’histoire,

celle que l’on a tendance à oublier, les

années de combat du MTLD, avec à sa tête

Messali Lhadj que je considère comme l’un des

pères fondateurs de cette indépendance

confisquée. Quant aux années noires, elles

nous touchent car chacun d’entre nous a

perdu un être cher tombé sous les balles de

l’intolérance et de la barbarie.

Que pensez-vous de la littérature féminine

algérienne ?

J’aime la littérature algérienne en général et

je n’oublie pas celles qui nous ont ouvert les

portes de l’écriture, deux grandes dames, Assia

Djebbar et Fadéla M’rabet. Je ne peux concevoir

l’écriture sans un engagement et les

auteurs algériens foisonnent comme pour

montrer que nous avons besoin de dire, d’accoucher

de cette violence, de ces horreurs que

notre peuple continue de vivre, comme l’absence

de projets dans une société qui ne cesse

d’enfanter des jeunes filles et garçons en mal

de vivre et poussés à devenir des harraga ou à

se suicider.

Votre poème «Sidi Bouzid», en hommage à la

révolution de Tunisie, prouve que l’inspiration

est toujours présente. Quels sont vos

futurs projets ?

Poétesse, je suis née d’une mère poétesse

qui improvisait en kabyle. J’accouche des mots

au gré du temps et de mes états d’âme. Je ne

pouvais que rendre hommage aux Tunisiens

qui ont ouvert une grande porte vers une longue

marche pour la liberté dans tous les pays

victimes de l’oppression. J’écris de la poésie,

des nouvelles et j’essaie de mener à bien l’écriture

d’un deuxième roman dont le personnage

est un grand homme qui fait partie de l’histoire

algérienne. Je n’en dirai pas plus !

D. G.

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Published by AOUADENE
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